Un an après la fin du financement accordé à l'association Mukenyezi Kerebuka dans le cadre du projet FACE (Féministes pour les Alternatives Climat et Environnement), les résultats continuent de transformer durablement la vie des femmes et de leur communauté. Mis en œuvre par ACORD BURUNDI avec l'appui financier de l'Agence Française de développement (AFD) et de CCFD-Terre Solidaire, le projet FACE poursuit toujours ses activités auprès d'autres organisations partenaires.
Afin de capitaliser les acquis de cet appui, ACORD BURUNDI s'est rendu sur la colline Kabo, en commune Nyanza, province de Burunga, pour rencontrer les membres de Mukenyezi Kerebuka et constater comment les investissements réalisés continuent de produire des effets un an après la fin de leur accompagnement financier. Appuyée par ACORD BURUNDI pour promouvoir l'autonomisation économique des femmes, tout en contribuant à la protection de l'environnement et la résilience aux changements climatiques, l'association Mukenyezi Kerebuka a fait du soja le pilier de son développement.
Selon KAMWIZA Juliette, cheffe du projet FACE à ACORD BURUNDI, le choix de cette culture répondait à plusieurs enjeux liés aux changements climatiques et à la sécurité alimentaire.
«Le soja résiste relativement bien aux fortes chaleurs comme aux périodes de pluies abondantes. C'est aussi une culture riche sur le
plan nutritionnel et qui offre de nombreuses possibilités de transformation, permettant aux femmes de créer de la valeur ajoutée et d'améliorer durablement leurs revenus », explique-t-elle.
C’est à l’issu d’un processus d’appel à projets que le Projet de transformation du lait de soja proposé par l’Association Mukenyezi Kerebuka a été financé dans le cadre du Projet FACE.
Grâce aux formations reçues sur les techniques culturales, les bienfaits nutritionnels du soja et sa transformation, les membres de Mukenyezi Kerebuka ont renforcé leurs compétences. Cet appui de ACORD BURUNDI leur a permis aussi d'acquérir des équipements de transformation, ouvrant la voie à la production de lait de soja et à la création d'une activité génératrice de revenus qui continue aujourd'hui de prospérer.
Une production en pleine croissance
Les résultats sont visibles. En 2023, avant l'appui d'ACORD BURUNDI, l'association produisait seulement 30 kilogrammes de soja sur une petite parcelle.
Après le financement du projet FACE, la production est passée à 150 kilogrammes en 2024, puis à 300 kilogrammes en 2025. En 2026, la récolte dépasse désormais 500 kilogrammes, entièrement destinés à la transformation alors qu’avant le projet FACE, les grains de soja se vendaient à 2500f/kg. Aujourd’hui, 1kg de soja est vendu entre 4000 fbu et 6000fbu. Le soja a été valorisée et est devenue une culture rentable.
Chaque jour, les femmes de Mukenyezi Kerebuka produisent environ 14 litres de lait de soja à partir de deux kilogrammes de farine de soja. Vendu à 3 000 francs burundais le litre, ce lait est commercialisé dans une cafétéria installée à environ 300 mètres de l'unité de transformation.
Cette activité a également créé des emplois. Trois femmes travaillent dans l'atelier de production tandis qu'une jeune diplômée, Alice Nkurunziza, est employée dans la cafétéria où sont proposés du lait chaud et du lait pasteurisé.
Un produit apprécié par toute la communauté
Devant la cafétéria, les clients se succèdent tout au long de la journée.
Pour Mathias Ndayikengurukiye, un habitant rencontré sur place, le lait de soja est devenu une boisson très appréciée.
Selon lui, certaines personnes le consomment avant ou après avoir bu de l'alcool. D'autres l'apprécient pour ses qualités nutritives, notamment les personnes effectuant des travaux physiques. Il est également recommandé par plusieurs consommateurs pour soulager certains problèmes digestifs.
Le chef de la colline Kabo, Mr HATUNGIMANA Jean Claude, confirme cet engouement.
Consommateur lui-même, il estime que Mukenyezi Kerebuka est devenue un modèle de développement local. Il souligne que les activités de l'association profitent non seulement à ses membres mais aussi à toute la communauté .Les conflits familiaux au sein des couples ont sensiblement diminué grâce à la formation assurée sur la lutte contre les violences basées sur le genre , a-t-il ajouté.
Grâce aux revenus générés par la vente du lait de soja, l'association a notamment financé le raccordement d'un robinet public. Aujourd'hui, les habitants de la colline Kabo y puisent gratuitement de l'eau potable. Les ouvriers qui construisent actuellement le centre de santé de la localité utilisent également cette eau.
Les crédits communautaires changent des vies
Les bénéfices réalisés par la cafétéria alimentent un fonds de crédit destiné aux membres de l'association.
Selon Mpawenimana Domitile, veuve et vice-présidente de Mukenyezi Kerebuka, les prêts varient entre 50 000 et 100 000 francs burundais sans garantie. Avec une hypothèque, les montants peuvent atteindre 500 000 francs.
Elle-même a bénéficié d'un crédit qui lui a permis de lancer un petit commerce de bananes. Les bénéfices réalisés lui ont ensuite permis d'installer des vitres pour fenêtre de sa maison, qui en était dépourvue.
Pour Kabura Junie, un prêt de 100 000 francs burundais a permis de payer les frais de scolarité de ses deux enfants qui allaient rater l’année. Ce qui est une fierté familiale. Aujourd'hui l' une de ses enfants va obtenir un diplôme.
Manirakiza Eric, jeune membre de l'association, raconte qu'il avait emprunté 50 000 francs burundais pour acheter une poule pondeuse. Quelques mois plus tard, il possède désormais plus de vingt poules qui lui procurent un revenu à partir des œufs vendus.
De son côté, Aline Niyonizigiye explique qu'un crédit de 300 000 francs burundais lui a permis d'investir dans sa riziculture, améliorant ainsi la production de son exploitation.
Ces témoignages illustrent comment les revenus issus de la transformation du soja dépassent largement le simple cadre agricole pour devenir un véritable levier de développement économique local. Les femmes de Mukenyezi Kerebuka sont devenues capables de s’acheter ce dont elles ont besoin et pour leurs enfants sans attendre tout de leurs maris, développant ainsi chez elles l’estime de soi et une certaine considération sociale.
Des défis à relever
Malgré ces résultats encourageants, Mukenyezi Kerebuka fait encore face à plusieurs défis.
L'association ne dispose pas encore de son propre moulin, ce qui augmente les coûts de production. Les membres souhaitent également améliorer le conditionnement de leur lait afin de conquérir de nouveaux marchés et augmenter leur capacité de production.
Ils espèrent ainsi poursuivre leur croissance tout en créant davantage d'emplois pour les femmes et les jeunes en chômage.
Une reconnaissance envers ACORD BURUNDI et le projet FACE
Les membres de Mukenyezi Kerebuka expriment leur profonde gratitude envers ACORD BURUNDI ainsi qu'au projet FACE, qu'ils considèrent comme le point de départ de leurs modes de vies transformés.
Ils estiment que cet accompagnement leur a permis de développer leurs compétences, d'améliorer leurs revenus et de contribuer au développement de toute leur communauté.
Un an après la fin du projet, l'expérience de Mukenyezi Kerebuka démontre qu'un appui ciblé, associant renforcement des capacités, financement et accompagnement, peut produire des effets durables. Au-delà de la culture du soja, c'est toute une dynamique d'autonomisation des femmes, de protection de l'environnement et de développement communautaire qui continue aujourd'hui de porter ses fruits sur la colline Kabo.